La souveraineté alimentaire à St-Valérien

La souveraineté alimentaire à St-Valérien

Émile Sévigny est élève de secondaire 3 dans le programme d’éducation intermédiaire (PEI) de l’école Paul-Hubert de Rimouski. Dans le cadre de son programme, il devait accomplir des heures d’engagement bénévole et a contacté le CIBLES. Nous lui avons proposé de participer à une entrevue avec Roxanne Leblanc, coordonnatrice des Valeureux Rhizomes de Saint-Valérien et Marie-Hélène Lagueux-Tremblay, productrice participante au projet (Jaseurs des cèdres, ferme agroforestière) et responsable des Ateliers des Savoirs Partagés. Émile a mené l’entrevue, rédigé puis révisé l’article qui suit avec l’appui de Catherine, coordonnatrice aux projets collaboratifs et communications au CIBLES.

Bravo Émile pour ton engagement et ta curiosité 🌱

Un grand merci également à Roxanne et Marie-Hélène pour leur générosité et leur travail inspirant à St-Valérien

 

Un article d’Émile Sévigny

De nos jours, la facture d’épicerie de l’épicerie augmente en raison des coûts de production et de transport des aliments vers le Québec. La plupart des aliments consommés au Québec viennent d’ailleurs dans le monde. Souvent, les produits sont gaspillés ou jetés. Heureusement, certains groupes se sont donné l’objectif de régler ces problèmes. C’est le cas des Valeureux Rhizomes, une initiative citoyenne chapeautée par la Corporation des sports et loisirs de Saint-Valérien, qui vise à faciliter la souveraineté alimentaire en proposant des activités de cueillette, de cuisine en groupe ainsi que des repas communautaires.

L’origine du projet

Au départ, des maraîchers de Saint-Valérien participaient déjà aux Fruits Partagés, une initiative de Moisson Rimouski-Neigette où des bénévoles vont cueillir des fruits et légumes chez les producteurs pour les redistribuer aux gens qui en ont besoin. Un jour, ces maraîchers se sont posé une question toute simple : pourquoi envoyer nos surplus à Rimouski pour que certains reviennent ensuite en paniers à Saint-Valérien? Est-ce que ça pourrait être fait localement?

C’est un maraîcher de St-Valérien, la  Ferme du Vert Mouton, qui avait envie depuis longtemps de lancer quelque chose comme ça dans son coin, mais il n’avait pas le temps de s’en occuper tout seul. Des gens du village ont embarqué dans l’idée et un petit groupe s’est formé. Les Fruits Partagés sont même venus à Saint-Valérien pour leur montrer comment ça fonctionnait: comment cueillir chez les producteurs, comment cuisiner les récoltes, comment travailler ensemble. À partir de là, l’équipe a décidé d’ajouter quelque chose de nouveau : des repas communautaires. C’est comme ça que les Valeureux Rhizomes ont pris leur envol. Aujourd’hui, c’est l’initiative la plus connue de Saint-Valérien.

Comment ça fonctionne?

Les Valeureux Rhizomes organisent trois types d’activités : des cueillettes chez les producteurs locaux, des séances de cuisine en groupe et des repas communautaires dans l’église rénovée en centre communautaire de Saint-Valérien. Les aliments préparés sont souvent des surplus qui auraient pu être perdus aux champs, comme la fleur d’ail, ou des protéines locales en abondance, comme le gibier offert par des chasseurs généreux.

Un défi important est d’amener les gens à découvrir des aliments qu’ils ne connaissent pas. Roxanne Leblanc, coordonnatrice des Valeureux Rhizomes, l’explique bien : « Quand on essaie de changer certaines choses en alimentation, ça confronte les gens dans leurs habitudes, ils peuvent se sentir jugés. Alors, on a adopté une stratégie : on se sert du cadre des habitudes et on apporte de petits changements discrets, qui permettent d’explorer d’autres choses. » Concrètement, ça veut dire partir d’un plat que tout le monde connaît et y glisser de petites surprises. Un jour, ils ont servi trois versions de pâté chinois : au bœuf, à l’oie et au tempeh. Chacun choisissait ce qu’il voulait essayer.

Il y a aussi une question de lien avec le territoire : les gens redécouvrent des produits qui poussent tout près de chez eux, mais qu’ils ne sont pas habitués de cuisiner. Le fruit le plus consommé au Bas-Saint-Laurent, c’est encore la banane (1) alors que le cassis et la gadelle poussent à deux pas et font de bonnes confitures pour les déjeuners communautaires. Tranquillement, les gens (re)découvrent ce qui pousse dans leur coin.

Destination: souveraineté alimentaire

L’objectif des Valeureux Rhizomes est la souveraineté alimentaire, c’est-à-dire le droit d’une communauté de définir elle-même son système alimentaire selon ses valeurs et ses besoins. C’est un chemin plutôt qu’une destination. Un chemin qui demande que les gens s’impliquent et reprennent le pouvoir sur leur alimentation, tous ensemble. Gérer un projet citoyen où tout le monde a son mot à dire est à la fois une force et un défi.

Il y a de plus en plus de bénévoles qui s’impliquent et le nombre d’activités augmente depuis la fondation de l’organisme. La progression a parfois stagné, parfois avancé, mais jamais diminué, signe qu’ils sont sur la bonne voie. Et comme le prix de l’épicerie augmente de plus en plus, des initiatives comme les Valeureux Rhizomes sont de plus en plus nécessaires.

Envie de creuser le sujet?

Les Valeureux Rhizomes pratiquent et vivent la souveraineté alimentaire au quotidien. Pour ceux qui veulent s’impliquer, vous pouvez les contacter via leur groupe Facebook.

Pour que la réflexion nourrisse l’action, un cercle de lecture sur la souveraineté alimentaire s’est aussi formé récemment dans le cadre des Ateliers des savoirs partagés, une initiative portée par Marie-Hélène Lagueux-Tremblay.

Faire 3 versions différentes d’un plat habituel (pâté chinois ou chili, par exemple) et laisser les gens explorer à leur rythme, c’est la recette des Valeureux Rhizomes

 

(1) Joncoux, Steve. 2021. “Autoportrait de l’autonomie du Bas-Saint-Laurent pour le secteur bioalimentaire. Rapport intermédiaire – FabRégion Bas-Saint-Laurent”. En ligne